Pas d’économie ni de richesses sans confiance

Dans Libé, un “point de vue” paru au début janvier a attiré mon attention : “Pas d’escroc sans confiance”

Une analyse biaisée du début à la fin mais qui reflète bien la méconnaissance et la défiance (entretenue bien évidemment) envers l’économie et la prise de risque dans notre pays.

La thèse de Mathieu Lindon donc, “étayée” par le scandale Madoff aux USA, sert à justifier des arguments anti-économiques qui pourraient nous envoyer tous dans le fossé. Pour résumer son propos, la confiance permet aux escrocs de prospérer et demander au peuple de faire confiance au monde économique et financier n’est plus justifié (sous entendu : comme on ne peut plus faire confiance au privé, il faut se jeter dans les bras du public, des Etats, qui eux sont censés travailler pour l’intérêt général).

En fait les clients de Madoff avaient exactement les mêmes exigences que tous les épargnants des pays riches : qu’on fasse travailler leur argent et que ça soit le plus rémunérateur possible. La confiance a donc un prix, celui du risque. Sans ce risque aucun développement humain ou économique n’est bien évidemment possible. Quand les hommes à la préhistoire ont découvert puis apprivoisé le feu, il y avait des risques, des inconnues, un élan qu’ont pris ces hommes en lâchant la rampe de leur habitudes et de leurs certitudes, en avançant vers le progrès quelqu’en soit le prix à payer (peut-être y-at-il eu

L’escroquerie fait parti du système économique et très souvent il y a un cheveu entre un coup de bluff (qui pourrait parfois être qualifié d’escroquerie) et le lancement de toute nouvelle activité économique. Toute construction humaine passe par cette phase de fragilité, une phase où l’acheteur risque plus que le vendeur (l’électeur plus que le futur élu…)

Tout entrepreneur joue à un moment ou à un autre une partie de poker, il bluffe et ne pourra continuer son activité sans confiance. Il en est d’ailleurs de même de toute construction humaine. Avant de construire les premières pyramides les architectes égyptiens étaient eux aussi dans une partie de poker menteur, tout comme Moïse avec ses tribus, les premiers immigrants dans ce qui deviendra les  Etats unis, les inventeurs du micro ordinateur dans leur garage. Il n’y a souvent qu’une feuille de papier à cigarette entre le génie qui accèdera à l’Olympe et à la célébrité et l’obscur inventeur dont les trouvailles ne franchiront jamais la porte de son laboratoire.

Pour avoir un développement économique dans un pays, il est donc impensable (et impossible) de se passer de la confiance, du risque et de l’expérimentation

Je ne vais pas régler un acompte de 30 % du prix des travaux à réaliser chez moi si je me méfie de mon maçon et pense qu’il va partir avec mes sous sans réaliser le travail. Mon maçon ne peut pas acheter du ciment ou payer ses ouvriers si la banque ou ses fournisseurs ne lui font pas confiance, avançant de l’argent, des matériaux ou leur travail. Tout activité économique est fait de confiance et d’un pari optimiste sur l’avenir. Si les chinois sont si doués en affaire c’est qu’ils sont joueurs, capables de miser toute leur fortune sur un coup, quitte à tout perdre si le calcul était mauvais.

En France rien de cela, le citoyen moderne ne veut rien miser, il ne veut que des gagnants et acceptent en tout cas jamais le risque pour lui-même (trop peu confiant dans les capacités de la société à le soutenir en cas de problème). De fait peut–être la moitié  de la population s’appuie sur l’Etat (les fonctionnaires, les assimilés, les assistés…) l’autre moitié tente de développer une activité économique terriblement encadrée et bridée. Si nous avons un très faibles taux de création d’entreprises c’est que l’entrepreneur reste un ennemi pour nombre de nos concitoyens, de nos administrations, de nos institutions (école par exemple). Nous avons un langage de classe, confortable et conformiste mais devenu totalement inadapté face aux nouveaux enjeux économiques et sociaux du XXI ème siècle. Le patron serait un profiteur (“nos vies valent mieux que leur profit”) , un exploiteur, un accapareur  qu’il convient de corseter, de museler et de pressurer économiquement. Face aux patrons les salariés seraient d’éternels mineurs qui doivent être protégés des odieux exploiteurs (et aussi d’eux mêmes dès fois que la tentation de devenir entrepreneurs les séduirait).

Sans confiance et prise de risque aucune activité économique ne peut se déployer. La société de défiance promue par nos apprentis sorciers a déjà existé : c’était celle des pays communistes (ou socialistes) dans l’après guerre. Des sociétés ultra policées, sans démocratie (la liberté d’entreprendre est une liberté fondamentale) où la médiocrité la disputait à la désespérance et à la tristesse (cf la Roumanie de Ceausescu ou la RDA)

Une telle organisation composée majoritairement de fonctionnaires (qui ne connaissent qu’un seul risque tout au long de leur vie : celui de ne pas réussir le concours d’entrée dans la fonction publique) ne fait pas une économie et si nos concitoyens broient du noir depuis quelques années (la consommation de psychotrope l’atteste) c’est peut-être aussi parce que notre modèle français construit après guerre tient bien plus de l’économie dirigée et planifiée que d’une économie libre et épanouissante pour les individus.

Dans toute société et économie il y aura des perdants et des gagnants, des “joueurs” qui risquent et raflent la mise alors que d’autres perdront leur mise (et beaucoup plus parfois). Une économie constituées de seuls gagnants est un mythe toute comme la sanctuarisation des droits économiques ou sociaux entraînera le pays vers la régression et la pauvreté (sans adaptation permanente une économie n’est pas viable).

Dans de nombreux pays développés les conséquences de la crise seront plus voyantes et importantes mais après que ces pays aient vécu cette purge ils seront bien plus que nous capables de se reconstruire et d’inventer de nouveaux modèles. Notre modèle social (à crédit) protège de tout, y compris des opportunités pour chacun  de développer ses compétences et de comprendre le monde tel qu’il est (comme nous n’avons pas le pouvoir de changer le monde, mieux vaut en prendre son parti et s’y adapter)

Tous ceux qui labourent ou encensent la défiance sont des incendiaires qui attisent les flammes en espérant qu’une miraculeuse révolution tirerait leurs médiocres analyses du néant économique où elles se déploient.

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