Le DIF et le “prêt à former”

Deuxième mastodonte, après Cegos et ses formations de crise, à tenter de s’adapter à la nouvelle donne de la formation (5 ans après la réforme) le numéro deux de la formation aborde lui aussi les rives du changement. Pour lui ce changement rime avec E-learning. Il nous apprend qu’il vient de développer de nouvelles collections de “prêt à former” en E-learning qui portent les douces appellations de Smart, Move ou Live.

L’analogie avec le prêt à porter n’est pas innocente. Face à des besoins qui sont immenses et que personne ou presque n’a souhaité prendre en compte, notre confrère a décidé d’industrialiser la formation professionnelle.

Démos développe donc ses chaînes de fabrication (alors que l’industrie se porte de plus en plus mal dans la vraie économie). Ce ne sera pour reconstruire ses offres ou faire évoluer ses formateurs, non c’est bien plus pragmatique et simple, les personnels peu qualifiés vont “bénéficier” massivement de programmes de formation à distance. Dans un univers professionnel et social de plus en plus déshumanisé ceux-ci connaîtront enfin les joies et délices du robot d’apprentissage.

Le “prêt à former” de notre confrère ne serait-il pas plutôt la meilleure illustration du “prêt à penser” des notables de la formation qui proposent aux pauvres de les former de très loin, leur tendant une dérisoire perche numérique censée les tirer vers la société de la connaissance et de l’information.

Les accompagnements humains, les humanités, la dynamique de groupe, tout cela restera donc réservé aux cadres et aux “forts potentiels”.

Ces développements ne sont pas très sérieux, et comme l’école qui a cru devenir moderne en ouvrant une salle informatique par établissement, la formation professionnelle va connaître les mêmes troubles de celui qui ne veut et ne peut changer fondamentalement sa manière de travailler et d’aborder les problèmes/

On peut prévoir à court terme l’échec de cette industrialisation de la formation (toutes les enquêtes montrent que les salariés préfèrent massivement la formation en face à face) mais qu’importe aux notables de la formation, ils pourront peut être tenir encore quelques années ainsi et vendre ainsi des centaines de milliers d’heures de DIF à des entreprises soucieuses elles aussi de ne rien changer dans leur modèle d’apprentissage.

A l’AFTLV nous ne proposons qu’une formation en E-learning (sur 40 offres) c’est une formation en anglais qui est mixée avec au moins 50 % du temps en face à face. Hors de cette modalité nous ne croyons pas en l’efficacité de la formation pour les personnes peu qualifiées. Il faudra que les organismes de formation s’y fasse : sans réelle prise en compte des besoins d’accompagnement des personnes la formation perdra l’essentiel de son intérêt et mieux vaudra offir un manuel “Pour les nuls” à ses salariés que les inscrire à ces modules Smart, move ou live.

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