les pauvres n’aimeraient pas la formation professionnelle !

 

Depuis 2004 le Droit individuel à la formation (DIF) aurait dû permettre à la formation professionnelle de se recomposer en France. Le DIF ouvrait les portes de la formation tout au long de la vie à tous ceux qui en étaient privés depuis 1971 : salariés peu qualifiés, précaires, saisonniers, intérimaires, femmes, seniors…

Malheureusement depuis 5 ans l’immobilisme a succédé aux belles paroles : profitant d’une lente appropriation de ce dispositif complexe et totalement nouveau, les entreprises ont globalement refusé de le déployer. Elles n’ont, pour la plupart, pas joué le jeu de la formation tout au long de la vie arguant du fait que le législateur les avait dotées du pouvoir arbitraire de refuser le DIF (ce qui est faux).

Si les entreprises ne sont pas contraintes de le mettre en œuvre dès cette année, de 5 à 7 millions de salariés risquent de perdre définitivement leur emploi, leur employabilité et l’espoir de rebondir dans cette crise qui n’en finit plus de remettre en question nos mauvaises habitudes.

« Les pauvres n’aiment pas apprendre » c’est le discours communément admis et partagé par le milieu de la formation professionnelle (entreprises, responsables formation , DRH ou organismes de formation). Leurs piètres performances passées dans le système scolaire attesteraient de leur incapacité à développer leurs compétences, leurs connaissances et à apprendre tout au long de la vie.

A écouter ces notables de la formation, le DIF serait un dispositif inutile (tout comme la VAE), dispendieux (13 milliards d’€ par an selon une estimation fantaisiste de la Cour des comptes) et bien incapable de rattraper les écarts qui se sont creusés depuis l’enfance entre les salariés qualifiés et les autres.

Nous nous inscrivons totalement en faux face à ce discours (destiné à conforter toutes les impuissances et à justifier l’immobilisme). En mai 2008 une étude conjointe de l’ANACT et de l’AFPA nous apprenait d’ailleurs que 80 % des salariés (même les moins qualifiés) souhaitaient  se former (y compris hors temps de travail).

Quelques exemples vécus depuis 3 ans :

– La responsable formation d’une grande usine dans l’agro-alimentaire (800 salariés) en juillet 2007 : « je vais lancer une campagne DIF (« le mois du DIF ») sur des formations en bureautique, je suis persuadée que seules 20 ou 30 personnes vont s’inscrire et que ça ne marchera pas » .
Le bilan en septembre 2007 : « c’est incroyable, nous avons été submergés par les demandes à tel point que nous avons dû clôturer les inscriptions et contingenter les formations »

– Un grand bailleur social pour ses 170 gardiens d’immeubles en Ile de France : il était proposé durant le printemps 2008 un catalogue DIF avec un délais d’un mois pour répondre et un planning assez contraignant (formations durant les vacances d’été) : Résultats : 30 % d’inscrits en quelques jours et des salariés ravis qui demandent à continuer leur formation cette année (anglais, informatique et français)

– Une grande société dans les loisirs : « nous avons lancé une offre de bureautique sur 42 h de DIF couplée à la fourniture gratuite d’un ordinateur portable (le stagiaire peut garder le portable en fin de formation s’il a été assidu). En quelques heures toutes les sessions (ouvertes aux personnels sans aucune qualification) ont été remplies »

– Un exemple de vraie politique DIF dans une société américaine en France (2000 salariés)
« En 2004 une commission a été chargée de construire la politique DIF de l’entreprise, en 2005 les premières formations DIF ont été lancées (avec une communication soutenue via l’intranet mais aussi des documents papier).

Une équipe de 4 personnes s’occupe du DIF : une responsable et son adjointe, une attachée administrative pour le suivi des actions et une gestionnaire pour la facturation. Un comité de suivi se réunit tous les 6 mois, évaluant les actions menées et construisant le plan pour le semestre suivant.

En 2005 les managers ont été formés aux entretiens professionnels, l’OPCA est régulièrement rencontré. Plus de 600 personnes sont parties en DIF en 2007 et l’objectif est de doubler ce nombre en 2008 en portant plus particulièrement les efforts sur les personnels ouvriers qui ne se sont pas totalement saisis du DIF. »

Comme l’ont démontrées toutes les études et enquêtes menées depuis 2005, le DIF atteint sa cible (y compris les petites entreprises) dès lors que l’entreprise joue le jeu du développement des compétences et ouvre grandes les portes de la formation pour tous. Mais les quelques rares entreprises apprenantes dont nous citons le témoignage ne doivent pas cacher l’immense majorité d’entres elles qui ont fait le pari d’un abandon du DIF et font semblant depuis 2004 de le mettre en œuvre.

Dans notre société méritocratique d’héritiers (de l’argent ou du diplôme) il ne fait pas bon avoir pris un mauvais départ. Notre pays est le champion de la première (et unique) chance : celui qui n’assimile pas très vite les canons de l’école républicaine, qui ne s’adapte pas à ce système scolaire, déphasé et conformiste, celui-là n’aura quasiment jamais une deuxième chance : à lui les mauvais emplois, les systèmes de formation déclassés, la précarité ou les jobs à temps partiels. Pour les gagnants de la compétition scolaire, toutes les portes de l’emploi et de la formation resteront toujours grandes ouvertes : fonctionnariat, concours, carrières et au final une assurance emploi définitivement acquise durant les 25 premières années de la vie.

Si donc nous voulons changer ce système basé sur la défiance, le conformisme et l’injustice éducative et sociale, si nous souhaitons sortir des discours incantatoires et offrir à tous de réelles chances de développement professionnel, il faut reconstruire dans les meilleurs délais un Droit à la Formation contraignant pour les entreprises, financé pour tous sur un compte épargne formation et transférable tout au long de la vie professionnelle.

One thought on “les pauvres n’aimeraient pas la formation professionnelle !

  1. I’ve noticed that there’s a major concentration of artists in Portland, Oregon, and I’ve always wanted to go to San Francisco. {I’m told it’s like Brighton (where I live) ~ I noticed you live on the south coast too, so we must be neighbours!} Then again, I also have a thing about the east coast of the US too, all those long duney beaches and amazing houses!

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