24
fév
2010
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La compétitivité ne peut exister sans formation

Deux articles parus récemment dans la presse nous apprennent coup sur coup que la qualité des voitures françaises est de plus en plus mal perçue à l’étranger  et que l’Ile-de-France est la seule  région française listée parmi les 40 régions les plus développées d’Europe (la région de Prague dépassant même notre région capitale !). En ces temps de débats sur le déclassement français il est peut-être temps de s’interroger sur les raisons de nos reculades économiques et sociales.

S’il n’y avait que l’automobile où nous avions cessé de briller !

Mais il y a l’agro-alimentaire avec nos produits truffés de pesticides et d’engrais chimiques quand les marchés solvables réclament du bio et du durable, nos vins incompréhensibles et sulfatés, nos centrales nucléaires devenues non compétitives à force de malfaçons et de délais dépassés, nos produits moyens de gamme sans débouchés évidents.


La France est un pays moyen, positionné sur ce mythique consommateur moyen des années 70. Ce type de consommateur a malheureusement quasiment disparu des étals. Le low cost impossible à produire en France investit les marchés émergents (mais aussi notre pays) et sur le haut de gamme nous avons de moins en moins de crédibilité (si l’on met de côté le secteur du luxe et du tourisme, exceptions hexagonales qui ne peuvent faire travailler tout un pays).

Les français semblent s’être arrêté aux normes NF des années 70 alors que celles-ci sont très éloignées des standards mondiaux de qualité.
Avec une école médiocre et déphasée, une formation professionnelle décalée et endogame, une ambiance sociale à tirer au couteau, un droit du travail bouffi et illisible, des budgets sociaux à la dérive et la moitié des français qui appellent de leurs voeux une économie dirigiste à la soviétique nous courrons le risque de devenir un acteur de seconds rôles dans l’économie mondiale (qui est une compétition qu’on le veuille ou non).

La France pourrait bien être l’homme malade de l’Europe (évidemment il y a pires élèves que nous : la Grèce , l’Italie ou le Portugal pour nous rassurer) mais les seuls responsables de cette situation ne sont-ils pas les français qui jouent depuis des lustres aux enfants gâtés, parfois arrogants et donneurs de leçons avec leurs prétendus meilleurs systèmes sociaux ou économiques au monde.

Sans d’énormes efforts (que bien peu semblent prêts à faire, voir le dossier des retraites depuis 25 ans) notre pays s’enfoncera toujours plus dans la crise, les archaïsmes et les déficits.

Le bilan apprenant de notre pays est affligeant (surtout si l’on considère les sommes dépensées annuellement : près de 150 milliards d’€ par an dans l’Education initiale et dans la formation).

En France 15 % de la population est illettrée, des millions de travailleurs (près de 3 millions) ne savent pas déchiffrer un texte simple, 50 % des salariés ne savent pas chercher et exploiter une information sur Internet, 80 % des salariés ne maîtrisent pas l’anglais (ils en sont restés au niveau faux débutant), 60 % des salariés n’ont jamais accès à la formation.

Nous prenons de généreuses mesures mais les Lois ne sont pas appliquées, les salariés sont dans la défiance, les syndicats pensent à autre chose.

Dans les médias, le message est un massage avait écrit Marshall Mac Luhan, n’en avons nous pas l’illustration flagrante depuis 30 ans en France où nous nous payons de mots tout en étant incapables de nous hisser au niveau des standards mondiaux ?

Ps : Un dernier élément de réflexion pour clore avec l’automobile : Les coréens travaillent 2 300 h par an (ce sont les champions du monde du temps de travail), les français 1 500 h environ (et sur une période professionnelle très courte de 25 ans) on peut dès lors comprendre pourquoi nos voitures vite (et parfois mal) construites ne font plus recette face aux Kia, Huyndai, Daewoo, Ssanyong, Samsung et autres productions mondialisées.

Ecrit par Didier COZIN dans : Social et professionnel |
23
fév
2010
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Le DIF sera difficile en 2010

Ce que les commentateurs éclairés et certains spécialistes avaient prédit depuis le lancement du DIF en 2004 (la bombe DIF) est entrain de se mettre en place surement et implacablement dans notre univers professionnel. Une grande majorité d’entreprises (grandes comme petites) s’apprêtent à vivre de problématiques tensions sociales du fait d’une absence de prise en compte de leurs nouvelles responsabilités apprenantes.

La tension va devenir très vive entre des services formation devant jouer un rôle d’amortisseur face à la crise et des moyens humains et financiers qui manqueront aux organisations (un krach dans la formation pourrait bien se produire dès le milieu de cette année)

Le calendrier est connu désormais de tous, depuis sept ans notre pays tergiverse, recule, négocie mais ne parvient pas à entrer dans la formation tout au long de la vie (qui était pourtant notre horizon européen pour 2010). Les salariés connaissent mal une formation Complexe, Cloisonnée et Corporatiste (les 3 C), les entreprises ne veulent pas sortir de leur modèle trentenaire du plan de formation et les partenaires sociaux appellent au développement de la formation tout en sachant que si celui-ci se produisait ils verraient se tarir une de leur principale source de financement. (le MEDEF dépend pour 1/3 des financements de la formation professionnelle, les syndicats ouvriers de la moitié).

En 2003 la belle unanimité des partenaires sociaux était trompeuse : l’ANI organisait certes la réforme de la formation professionnelle avec la mise en œuvre d’un ambitieux Droit Individuel à la Formation (DIF), mais aucun financement n’était prévu pour développer ce fameux Droit à la Formation. Le DIF pouvait être financé directement par l’entreprise, par son OPCA sur les fonds de la professionnalisation ou encore par les Fongecifs en cas de désaccords rentre le salarié et son employeur (sur le choix de l’action de formation).

En 2004, au mois de mai, le DIF naquit officiellement via un vote du parlement. La réforme portée par le ministère des affaires sociales de l’époque, François Fillon, semblait sur de bons rails.

Mais la suite révéla nos peurs et nos archaïsmes :

1. Les branches professionnelles, les OPCA, le monde du travail négocia, pris son temps et retarda d’au moins 1 an la mise en œuvre du DIF

2. Les entreprises ne jouèrent pas le jeu : les entretiens professionnels obligatoires selon la Loi ne furent pas organisés (ou confondus avec les entretiens annuels d’évaluation),

3. Les salariés ne déposèrent aucune demande (ou presque) laissant leur compteur DIF s’incrémenter année après année

4. Les organismes de formation s’épuisèrent à proposer des offres DIF raillées ou ignorées par le monde du travail

5. Les pouvoirs publics se révélèrent incapables de promouvoir le DIF, les services de contrôle de la formation bloquant plus la situation que facilitant la mise en œuvre d’une Loi de la République : Rejet de nombreux dossiers (gestion du stress, lutte contre le tabac ou développement personnel), contrôle tatillons des dossiers

6. En 2007, le président nouvellement élu fait savoir que la première réforme de la formation n’avait pas porté ses fruits, que la formation allait toujours aux plus qualifiés et qu’il fallait à nouveau réformer cette formation endogame et endormie.

7. En 2008 un premier accord interprofessionnel fut signé par les partenaires sociaux. Le DIF devint portable. Pour des raisons obscures, au lieu de faire voter la Loi résultant de cet ANI de janvier 2008, les pouvoirs publics lancèrent une nouvelle année de négociations pour les partenaires sociaux.

8. En 2009, un second accord interprofessionnel fut signé (ANI de janvier 2009). Cet accord répètait à quelques nuances près le précédent de 2008. Les pouvoirs publics transformèrent enfin en projet de Loi ce poussif ANI, le parlement se saisit du texte et mis en œuvre de nouvelles auditions (auxquelles nous participâmes en mai 2009).

9. Durant l’été 2009 le texte de Loi portant sur la formation et l’orientation professionnelle tout au long de la vie fut voté en première lecture. En octobre 2009 après moult revirements et navettes le texte fut définitivement adopté. Il fut publié au journal officiel le 25 novembre 2009 pour une mise en œuvre au 1 er janvier 2010.

10. Fin février 2010 : Le bilan est encore désespérant : la crise économique retient presque toutes les entreprises de déployer le DIF, les compteurs DIF des salariés en CDI débordent de leur niveau (butoir) de 120 h. Des interprétations surréalistes du DIF font florès : le DIF serait à la discrétion de l’employeur, le DIF n’est pas provisionnable (mais cela risque de changer dès 2011), le DIF est financé par l’OPCA en cas de licenciement (c’est vrai après le délai préavis, faux durant ce délai préavis), le DIF n’est pas désiré par les salariés qui se désintéresseraient de leur avenir professionnel, le DIF serait abandonné un jour ou l’autre, le Plan de Formation primerait légalement sur le DIF…

11. Mars 2010 : Nous n’y sommes pas encore mais on peut affirmer que les entreprises ne disposent plus que de ce mois de mars 2010 pour construire leur nouvelle politique formation, planifier et organiser le DIF. En avril 2010 il sera trop tard pour déployer le DIF avant l’été. Après l’été les financements manqueront partout (OPCA ne pouvant aller au-delà des fonds de la professionnalisation, ponctions de 13 % sur le plan de formation et sur le 0,5 % pour le nouveau fonds : FPSPP) et il sera impossible de déployer des formations généralisées sur 3 mois (oublions décembre).

12. Eté 2010 : les dès seront donc jetés : certaines entreprises pourront « tirer un trait » sur leur plan de formation de 2011. A force d’écarter le DIF de leurs salariés elles n’auront plus de capacité de manœuvre (budgets, moyens humains). Le pari qu’elles font d’une absence de demandes de la part des salariés sera doublement perdant :
– Aucun droit social n’a jamais été abandonné par les salariés. Ils ont utilisé les congés payés ils utiliseront tôt ou tard leur Droit à la formation. Le tout étant de savoir sur quels types de formation. Les entreprises aveugles et sourdes aux besoins en développement de leurs salariés verront leur plan cannibaliser par le DIF et celui-ci totalement externalisé et devenu incontrôlable (comment organiser le DIF avec 50 ou 100 organismes de formation et des salariés choisissant seuls leur DIF ? )
– La formation n’est pas seulement une obligation, un effort ou un poste de dépenses mais c’est désormais la condition essentielle de survie et de développement des entreprises. Dans une économie de l’information et de la connaissance qui croit sincèrement qu’il sera possible de faire travailler avec profit une main d’œuvre interchangeable, peu investie et sous formée ? Nous ne sommes plus en 1950 et il s’il s’agit de rester compétitif et créatif la formation et les apprentissages deviendront critiques et prégnants.

13. Fin 2010 : Deux camps professionnels se feront face au sein du monde du travail :
Les entreprises post-modernes et pro-actives qui faciliteront les développements humains et professionnels de tous leurs salariés. Elles pourront s’appuyer sur l’engagement, la flexibilité et la loyauté de personnels sécurisés et traités comme des humains avec qui l’organisation peut et doit grandir.

Les organisations passéistes, héritières du taylorisme. Pour elles la « main d’œuvre » deviendra hors de prix, le travail conflictuel et les résultats économiques déprimés.
Les humains ne travaillent plus au coup de sifflet et ces organisations néo-tayloriennes (pas seulement industrielles par ailleurs) seront incapables de faire grandir leurs salariés. Elles n’auront guère d’avenir dans une économie mondialisée où la valeur tient dans la capacité à changer et à concevoir des services et des produits plus vite et mieux que ses concurrents.


Ecrit par Didier COZIN dans : Social et professionnel |
22
fév
2010
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Quand le ministère du travail se met à parler du DIF

Quand on tape les trois lettres DIF sur google, ce n’est plus désormais vers le site et le Forum privé Droit Individuel à la Formation où nous mène en premier notre requête mais assez logiquement vers le site du ministère du travail.

Rien que de très normal jusque là puisque le DIF a été créé par une Loi de la République et qu’il s’agit pour les pouvoirs publics de mettre en avant un dispositif auquel l’ancien ministère du travail de 2004 (François Fillon) puis toutes les autorités administratives depuis valorisent et mettent en avant (jusqu’au Président de la République ). Tout irait bien dans le meilleur des mondes sauf que les rédacteurs de la notice sur le DIF font fausse route dès les premières lignes de leur topo sur le DIF :

« Le droit individuel à la formation (DIF) a pour objectif de permettre à tout salarié de se constituer un crédit d’heures de formation de 20 heures par an, cumulable sur six ans dans la limite de 120 heures »

Ce n’est pas totalement  faux mais à côté des enjeux de la formation tout au long de la vie.
Le DIF n’a pas pour objectif de se constituer un capital d’heures. Le DIF n’est pas fait pour constituer des réserves d’heures de formation (comme un écureuil avec ses noisettes) et qu’au besoin, dans 5 ou 10  ans, on utiliserait, mais bien plutôt pour que la majorité des salariés se forment à leur initiative et tout au long de leur vie.

Le ministère du travail confond la fin et les moyens  (cumuler des heures de formation ). L’objectif vers lequel doit tendre tout travailleur de nos jours est de se former sans cesse pour s’adapter aux nouvelles conditions du travail tout en maintenant son employabilité.

A quoi servirait-il d’accumuler des heures de DIF (et l’immense majorité des salariés en CDI ont désormais accumulé leurs 120 h de DIF) si ce n’est pour les mettre en œuvre régulièrement.

On ne se forme pas une fois tous les six ans pour ensuite se rendormir en pensant aux vacances ou à autre chose, la formation c’est l’anticipation, le premier moyen de conserver ou d’obtenir un travail tout en comprenant les évolutions de ce même travail.

Ce qu’il faut capitaliser (et le ministère du travail semble loin de comprendre cela) ce ne sont pas des heures sur un compteur mais bien les savoirs, les compétences et les expériences professionnelles. On se professionnalise en changeant, en évoluant, en s’adaptant et tous les nostalgiques des situations figées ou classifiées (la qualification et le diplôme obtenu il y a des lustres) ne se mettent pas en position de comprendre une économie qui évolue désormais à la vitesse de l’électricité et des bits.


Ps : un scoop que devraient connaître tous les salariés : la plupart d’entre eux ne pourront mettre en œuvre leur 120 heures de DIF cette année. Ils ont accumulé des heures (1 milliard au bas mot) qui représentent de 30 (nos estimations) à 77 milliards (les estimations de la Cour des Comptes) de dépenses formation. Ni les entreprises, ni les OPCA ne pourront mettre en œuvre seulement 10 % de ces heures cumulées. Cette notion du cumul  est obsolète, la formation tout comme l’information sont des flux, vouloir les stocker est inepte.

Ecrit par Didier COZIN dans : Social et professionnel |
08
fév
2010
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L’Indemnistation du chômage est-elle incompatible avec la formation professionnelle

Notre pays n’aime guère la formation professionnelle, que ce soit dans les entreprises, auprès des salariés ou encore dans les structures d’accueil des demandeurs d’emploi, la formation est encore et toujours considérée comme la dernière roue du carrosse, une bouée de secours qu’on met en œuvre quand rien d’autre n’est plus possible (et alors qu’il est souvent trop tard).

Prenons l’exemple de la durée d’indemnisation des demandeurs d’emploi : tout est fait pour allonger au maximum cette durée au détriment de l’accompagnement et de la formation des personnes. Entre une indemnisation sur deux années sans formation et une indemnisation plus courte mais avec un fort accompagnement tout le monde social semble choisir la plus longue durée.

Les discussions portent désormais sur le million de chômeurs qui seront sans droit dans le courant 2010. Plutôt que se mobiliser pour les aider à trouver (ou à  créer) du travail, les partenaires sociaux vont tenter de rallonger de quelques mois leur  durée d’indemnisation alors que tout le monde sait que l’emploi ne repartira pas de sitôt (certains parlent désormais de 2015). On négocie donc des délais alors qu’il faudrait remettre le système à plat et se demander pourquoi Pôle emploi remplit si mal son rôle en France.

C’est un peu comme si à l’hôpital on proposait à des patients soit une longue hospitalisation sans soins ou un court séjour avec les meilleurs des soins. Tout le monde choisit la qualité des soins en médecine mais peu de gens sont sensibilisés à la qualité de l’accompagnement des actifs perdant leur emploi.

C’est malheureusement un mauvais choix car tout un chacun sait très bien que les personnes devenues inemployables le sont souvent parce qu’elles sont restées trop longtemps sans emploi ou perspective, perdant confiance en elles et incapables de sortir du cercle vicieux de l’assistanat et du chômage.

Aujourd’hui nous savons que plus de 50 % des budgets formations sont consacrés non pas à la formation mais à la rémunération des stagiaires (75 % même de ces montants dans le cas de CIF). Pourtant les budgets formations ne devraient pas rémunérer les stagiaires mais bien servir à mettre en œuvre des formations.

Ainsi quand certains évoquent des sommes de 25 ou 30 milliards d’euros dépensées annuellement pour la formation c’est un mix formation et rémunération dont il est question. En fait nous sommes bien loin de dépenser ces 1 000 euros annuels par personne pour la formation et tous les discours politiques mettant en avant la formation professionnelle n’ont encore jamais pu rétablir la donne : de l’argent et des budgets pour les dépenses pédagogiques pas pour assurer la rémunération des stagiaires (qui devraient être payés par les entreprises pour les salariés, l’Etat pour les fonctionnaires, pôle emploi pour les demandeurs d’emploi).

La formation a le redoutable défaut de ne pas se voir, on préfère donc des chômeurs de longue durée sans formation (6 mois de délai actuellement pour entrer en formation avec pôle emploi) que des prises en charges courtes et de qualité pour ceux qui viennent de perdre leur emploi. La flexisécurité a décidemment une forte marge de progression à accomplir dans notre pays alors que beaucoup de salariés peu qualifiés risquent une mise à l’écart professionnelle durable.

Ecrit par Didier COZIN dans : Social et professionnel |

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