20
sept
2010
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Le DIF, sept ans de malheur ?

L’histoire du DIF aura souvent  été depuis 2003 celle des occasions ratées, des rendez vous manqués, de velléités de changement très rapidement oubliées. Dans un pays largement immobile, craignant pour son modèle social et son avenir économique changer ou faire évoluer la formation professionnelle n’est pas une sinécure.

Reprenons un peu la chronologie de ce Droit à la formation inaccessible encore à l’immense majorité des travailleurs.

En 2004, juste après le vote de la Loi (qui mit en forme des Accords Interprofessionnels de 2003) un fol espoir étreignit le petit univers de la formation professionnelle. Le DIF allait changer la face de la formation et il fallait se mettre en ordre de marche pour accueillir des bouleversements qui faisaient alors l’unanimité.

Ces espoirs étaient portés par un inédit dispositif généralisé de formation professionnelle, une sorte de congés payés bis qui devait permettre aux organismes de formation de travailler à guichet fermé et à flux tendus (à l’instar des années qui suivirent la première Loi sur la formation de 1971).

L’ANI de 2003 devait immanquablement entraîner un immense développement de la formation : il ne s’agissait pas uniquement de mettre en pratique un nouveau droit universel de se former, le DIF, mais aussi d’inciter (sous la pression des salariés et des représentant des personnels) les entreprises à investir plus et mieux dans la formation des hommes, ce capital humain tant négligé dans la plupart des organisations.

Au niveau de l’entreprise : Les cotisations obligatoires évoluaient peu (passant de 1,5 % à 1,6 % pour les plus de 20 salariés) mais le pari des partenaires sociaux était tout autre : sortir de la stricte obligation de payer (parfois détournée mais souvent incomprise) en contraignant les entreprises à augmenter volontairement leur participation au développement de la formation des salariés (via des demandes individuelles complétant le plan de l’entreprise).

Si le plan de formation nécessitait toujours des financements (avec le 0,9 % du plan) le développement du DIF impliquait que les entreprises deviennent réceptives et bienveillantes face aux demandes en développement de leurs salariés. Il s’agissait donc de sortir d’un contrôle stricte par la Loi tout en suscitant la naissance d’une inédite négociation entre le salarié et son employeur (devenant dès lors coresponsables de l’employabilité).

Au   niveau des organismes de formation : Le DIF était un redoutable challenge car il eût fallu tout à la fois changer de braquet, de modèle économique et de public en formation. Le client principal n’était plus une organisation qui souhaitait mettre de l’huile dans ses rouages (industriels), sanctionner (ou récompenser) ses salariés, mais un salarié devenu acteur (et auteur) de son projet professionnel. Les salariés devaient faire leur révolution en passant du statut passif de sujet de la formation en citoyen sociaux libres, informés et formés volontairement.

Les humanités se rapprochaient après des siècles d’absence d’un monde du travail qui les avait cantonnées dans l’éducation initiale.
Le marché de la formation, éclaté en 50 000 prestataires, fonctionnait sur deux registres principaux : celui de grandes structures qui étaient parvenues à industrialiser et à standardiser des  services de formation. Ces (quelques) grands organismes de formation (nés au début du XX ème siècle ou après la réforme de 1971) étaient le pendant de notre grande industrie ou de la chaîne d’hypermarchés, d’énormes organisations condamnées à grandir sans cesse, nourris année après année au plan de formation, couvrant  la quasi-totalité des besoins des entreprises (organisation, conseil, formation, externalisation)… mais rarement des salariés !

Face à ces grandes organisations, subsistait un marché très atomisé avec des dizaines de milliers de formateurs indépendants ou de très petites structures (parfois associatives) qui tentaient de survivre en jouant de l’hyper spécialisation, de la flexibilité, des bas prix  ou de la proximité avec les PME pour assurer leur activité dans la formation professionnelle continue.

Ce marché dual de la formation aborda le DIF souvent avec enthousiasme, une confiance et une envie de faire bouger les lignes. Le marché de la formation pensait alors revivre son âge d’or (le second après la Loi de 1971) ce temps béni où il suffit d’avoir un centre de formation pour être assailli de clients. Une demande jamais satisfaite comme le pays en connaît tous les 20 ou 30 ans dans le domaine de services aux entreprises.

La quasi-totalité des organismes de formation firent et montèrent leurs classes « formation tout au long de la vie »: comprendre la Loi, construire des offres, requalifier le catalogue (avec par exemple des formations de 20 h) ou travailler sur le conseil au déploiement du DIF (au besoin en rédigeant moult articles ou ouvrages savants sur la question).

En 2005 (il fallait bien attendre que les 20 heures soient atteintes) les acteurs de la formation étaient prêts et attentifs à accueillir les premiers bataillons de demandeurs de DIF. Des enquêtes ou estimations (plus ou moins fantaisistes) circulaient dans la presse spécialisée : de 5 à 20 % des salariés allaient demander leur DIF dès cette première année de déploiement.

Fin 2005  Le DIF Quézako ? : Rien ne se passa comme prévu en cette première année, le DIF entamait en fait sa longue carrière de marginal de la formation ! moins de 2 % des salariés l’utilisèrent en 2005 et parmi ceux-ci de nombreux DIF étaient arrangés par l’employeur (Le DIF que les salariés étaient contraints d’accepter pour obtenir la moindre formation).

Mais l’espoir faisant vivre, en 2006 c’était promis le DIF allait démarrer sur des chapeaux de roues, le leader de la formation ne prédisait-il pas 7 % de DIF et encore 25 % en 2007 ?

Fin 2006, le DIF devint réellement maudit pour certains. Le nombre de DIF annuel n’évoluait pas, une queue de statistique avec 3 % de DIF dans l’année, le dispositif qui en 6 ans était censé concerner l’immense majorité de salariés (70 ou 80 %) mettrait à ce rythme 1 siècle ou deux pour toucher tous les travailleurs.

Beaucoup de mauvais génies attaquaient désormais  ce pauvre DIF: les entreprises qui se donnaient sans cesse de nouveaux délais (« nous avons d’autres priorités »), les salariés n’ayant toujours pas compris l’intérêt de se former hors temps de travail, les OPCA qui alourdissaient le traitement des dossiers (quand ils ne les rejetaient pas purement et simplement) et les organismes de formation qui faisaient leurs comptes et commençaient à trouver le temps long (et couteux) !

2007 serait malgré tout (c’était promis) l’année de toutes les audaces : Le dispositif était à mi-parcours, les salariés avaient leur compteur à moitié pleins (60 heures sur les 120 maximum) et les entreprises intégraient que sans volontarisme et cadrage du dispositif celui-ci deviendrait un jour prochain incontrôlable et terriblement coûteux. Une rumeur commençait aussi à poindre : un possible  abandon du DIF qui mourrait de sa « belle mort ». Un  rapport  commandé par la CCIP tentait de lui donner le coup de grâce : le DIF serait donc abandonné ou très édulcoré, certaines entreprises en faisaient désormais le pari.

Pour d’autres entreprises (plus réalistes) il devenait urgent d’agir. Les compteurs DIF des salariés donnaient le tournis, elles avaient intégré que ceux-ci ne descendraient jamais plus, qu’il fallait faire au plus vite des propositions DIF aux salariés. L’année prochaine, 2008 serait donc l’année du DIF.

Fin 2007 : le DIF, un objet formant toujours non identifié mais qui attendait son heure.

2008 : L’année du démarrage ? : un faisceau de signaux alerta les DRH et services formation, le président de la République nouvellement élu contraignait les partenaires sociaux à reprendre la table des négociations sur la formation (avec un premier ANI signé dès janvier 2008).  Le pays souhaitait réformer son marché du travail et instaurer une flexisécurité professionnelle qui passait par la conservation de certains droits détachés désormais du statut du salarié (dont le DIF) après un licenciement ou une démission (facilitée par la rupture conventionnelle adoptée durant l’été 2008)

Malheureusement deux évènements retardèrent une nouvelle fois le démarrage du DIF

  • La volonté des pouvoirs publics de mener une réforme globale de la formation (y compris au niveau régional et du SPE) et donc de laisser du temps supplémentaire (une année en fait) aux partenaires sociaux avant l’examen d’une nouvelle Loi courant 2009 (2010 devant être celui du grand chantier des retraites)
  • La crise économique qui dès la fin de l’été 2008 ravagea une partie du tissu social et économique français avec pour conséquence la réduction drastique des budgets et des projets en formation (la formation étant une fois de plus considérée comme une docile  et facile variable d’ajustement).

2008 fut donc l’année des occasions perdues. Le DIF était condamné cette fois par la crise à patienter une année de plus

2009 Le détournement du DIF.
En 2009 la crise atteignit de plein fouet le tissu économique et social hexagonal (notamment les usines), certaines entreprises exsangues, sans commandes, sans trésorerie ni espoir de reprise préparaient des plans massifs de licenciements. Elles n’en eurent pas toujours  l’occasion car les pouvoirs publics encouragèrent le développement du chômage partiel et autorisèrent la mise à contribution des financements DIF mutualisés par les OPCA pour assurer les paies en fin de mois.

Le DIF connut donc un paradoxal regain : il fut mis en place dans de nombreuses entreprises pour former sur le plan de formation durant les périodes de chômage. Ce Droit Individuel à la Formation après avoir été une première fois victime de la crise fin 2008 fut alors mis à contribution dans un but autre que celui du développement des compétences de salariés.

Fin 2009 : Le DIF aura tenu un rôle surprenant de béquille financière et sociale au plus fort de la crise économique.

2010 : Le Krach en formation professionnelle ? La date butoir des 6 ans est atteinte depuis le mois de mai 2010 : 10 millions de salariés du privé ont désormais leur compteur DIF pleins, au bas mot la dette formation des entreprises s’élève à 1 milliard d’heures. La Cour des comptes estimait en 2009 que le risque total DIF pour les entreprises était de 77 milliards d’euros.

La perte de richesses entraînée par la crise ne pouvant plus être compensée par l’Etat ou par la dette, notre pays se retrouve face à de redoutables choix et contraintes sociales : comment remettre sur le marché du travail tous les jeunes faiblement éduqués, les salariés déclassés, les seniors sans avenir professionnel ?
Comment une formation professionnelle construite principalement pour les plus qualifiés va-t-elle pouvoir mettre à niveau, reconvertir (32 % des salariés souhaitent changer de métier) ou simplement promouvoir des millions de salariés alors qu’elle reste atteinte des trois maux dénoncés par le Sénat : complexité, corporatisme et cloisonnement ? (les 3 « C » du rapport du sénateur Carle en 2007) ?

Dans les prochaines années la crise et ses répliques risque de laisser sur le « carreau professionnel » de nombreux travailleurs peu qualifiés. Notre pays aura-t-il la capacité financière et l’ambition d’assurer sa cohésion sociale en  redonnant un espoir professionnel à ceux qui n’ont pu, pour diverses raisons, raccrocher les wagons d’un monde du travail soudainement devenu très exigeant et sélectif ?

La réponse n’est pas évidente mais le Droit individuel à la Formation est toujours là, au service de tous, pour assurer cette indispensable sécurisation dans un monde professionnel qui ne peut abandonner un quart des actifs du pays

03
sept
2010
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Le Droit à la formation entre hésitation, capitalisation ou utilisation

Article paru le 3 septembre 2010 dans miroir social

Le Droit à la Formation (DIF) entre hésitation, capitalisation ou utilisation

sept 03 2010

En cette fin d’année 2010 l’immense majorité des salariés en France (en CDI) dispose d’un  capital individuel de formation de 120 heurs de DIF. Ces 120 h sont atteintes dès lors que le salarié travaille à temps plein depuis 2004 et chez un même employeur.



On peut estimer que dans le secteur privé la dette formation s’élève donc à un peu plus d’un milliard d’heures de DIF (pour un coût potentiel global de 77 milliards d’euros selon les calculs de la Cour des comptes).

Ce capital formation considérable doit être apprivoisé et acclimaté par des salariés qui ne peuvent se contenter d’accumuler des heures  sur leur compteur et doivent désormais administrer leur droit à la formation.

  • Entre le tout DIF ou le rien formation de nombreuses stratégies sont envisageables et nous allons tenter de les décrire

L’indifférence ou la dénégation : « je n’ai besoin de rien, merci »


  • Pour ceux qui bénéficient déjà de beaucoup de formations ou estiment que leur entreprise pourvoira tout au long de leur vie professionnelle à leurs besoins.
  • Pour ceux, plus nombreux, qui pensent (encore) que la formation n’est pas faite pour eux, qu’elle est un risque (de montrer ses lacunes, d’être stigmatisé, d’être infantilisé..) ou qui ne trouve pas de temps à libérer pour se former (pourtant la réduction du temps de travail devait aussi donner du temps pour la formation)
  • En fin pour tous ceux qui, en fin de carrière ou n’y croyant plus, n’aspirent qu’à la retraite et ne veulent pas s’investir dans de nouveaux apprentissages professionnels.

La capitalisation

Il s’agissait pour eux d’accumuler le maximum d’heures sur leur compteur DIF (les 120 h sur 6ans) afin de :

  • Se constituer un capital formation (une sort de plan épargne formation) réalisable principalement en cas de coup dur professionnel (une assurance formation ou une sécurisation professionnelle).
  • Entreprendre une formation longue ou une reconversion et se servir des 120 heures comme complément à un CIF, un bilan de compétences ou un projet de formation conçu depuis des années.

La consommation


  • Utiliser 20 heures de DIF annuellement à compter de 2010 afin de « consommer » les heures non cumulables et ne rien perdre de son droit à la formation.
  • Consommer de la formation comme un banal bien sans réel projet professionnel (une année de l’anglais, l’année suivante de l’informatique) et risquer désillusions et rapide perte de motivation

La professionnalisation : SVP : Savoir se former, Vouloir se former, Pouvoir se former

S’informer et s’orienter

  • Connaître les dispositifs de formation, appréhender l’offre privée et public, activer les financements, négocier avec son entreprise.
  • S’orienter dans la galaxie formation tout au long de la vie (VAE, DIF, Stage, E-learning, période et contrat de pro, Plan de formation, Bilans de compétences, à mi carrière, d’étape professionnelle, passeport formation).
  • Rester en veille professionnelle.

Se former tout au long de la vie en alternant stages, formation à distance, autoformation, formation sur le tas, reprise d’études, tutorat, formation par alternance, Validation des acquis…

Etre mobile et entreprenant (acteur de son projet professionnel)

Le contexte

Il existe au demeurant autant de stratégies formation tout au long de la vie que de besoins individuels mais les salariés doivent désormais tous intégrer que le futur de leur travail sera très différent du passé laborieux que leurs parents ou eux-même ont pu vivre au XX ème siècle :

1. La société cognitive

Notre société va  investir massivement dans l’intelligence (Livre blanc de 1995 de la communauté européenne). Dans cette société « ce seront les capacités d’apprendre et la maîtrise des savoirs fondamentaux qui situeront de plus en plus les individus les uns par rapport aux autres dans les rapports sociaux »

2. L’économie de la connaissance

Le sommet de Lisbonne en l’an 2000 fixait à l’Europe un cap pour 2010 : « Devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». La vieille Europe fabriquera de moins en moins de produits à l’avenir désormais la richesse ne consiste plus à fabriquer ou à posséder des biens matériels mais à se connaître et pour utiliser au mieux son intelligence.

3. Les sociétés et les organisations deviennent apprenantes

Le savoir est devenu un atout stratégique pour les individus, les organisations, les nations.  Les écarts entre les travailleurs, les entreprises ou les pays ne sont plus fondés sur l’accumulation primitive de capitaux ou de savoirs mais sur la capacité à changer, à apprendre, à s’adapter sans cesse. L’apprentissage deviendra la première activité humaine au XXI ème siècle.

4. L’éducation devenue un trésor et un bien commun

Le savoir, véritable produit de grande consommation, se capitalise, s’exploite, se rentabilise et se privatise. L’éducation passe de service public de l’enfance au statut d’indispensable viatique tout au long de la vie professionnelle. Dans cette perspective il devient impossible de la confier au seul prestataire monopolistique qu’est l’Etat.

5. Le travail du savoir.

Nous devenons tous des travailleurs du savoir, aussi bien « esclaves du savoir » dans les organisations néo-tayloriennes de l’information (du type call center) que pour des fonctions créatives à plus grande valeur ajoutée intellectuelle.

6. L’apprentissage tout au long de la vie.

Les individus doivent désormais assumer la responsabilité de leurs apprentissages. Le diplôme (quelque soit son prestige) sert de moins en moins de sésame durant toute une vie professionnelle. Les parcours, la capacité de rebond, l’intelligence émotionnelle et le travail d’équipe sont des compétences favorisées, reconnues et développées.

Lourde responsabilité du DIF

Le DIF a donc depuis 2004 la lourde responsabilité de reconstruire la formation continue en France.

  • Changer de modèle social et économique est difficile dans une société qui avait massivement misé sur l’éducation initial en ne donnant pour objectif à la formation continue que de mettre à niveau les travailleurs ou leur offrir de maigres possibilités de reconversion professionnelle.

Désormais la crise économique que vit le monde développé imposera des remises en questions très importantes : les apprentissages professionnels devront être sans cesse repris, les entreprises seront des acteurs économiques instables et les capacités de changer, de s’adapter en permanence seront les seules garanties en matière de création de richesses.

La très forte stabilité sociale et économique que nous avons connue après guerre (simplement entrecoupée de crises) ne sera plus la norme du XXI ème siècle : les organisations, les pays, les individus vont devoir apprendre à changer et à s’adapter sans cesse. Les situations figées et classifiées seront sans cesse rebattues, la seule propriété que les travailleurs peuvent revendiquer est leur employabilité, leur capacité à apprendre, à reprendre inlassablement le chemin de l’école, cette capacité doit être favorisée et entretenue par toute la société et le Droit à la formation et à l’éducation va re devenir un nouveau droit de l’homme.

http://www.miroirsocial.com/actualite/le-droit-a-la-formation-dif-entre-hesitation-capitalisation-ou-utilisation
Ecrit par Didier COZIN dans : Social et professionnel | Tags : ,

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