04
mar
2011
0

le coup du DIF

Le Droit à la formation reste un improbable Droit des travailleurs dans de nombreuses grandes entreprises. Sept ans après les grandes envolées lyriques de 2003 puis la promulgation de la Loi pour la formation tout au long de la vie en 2004 il est temps de dresser un bilan : 95 % des salariés de France ne voient toujours pas, année après année, la couleur de leur DIF. Prétendre révolutionner la formation professionnelle est une chose mais s’y atteler réellement, en finançant sur le terrain des actions de formations est autre chose. Chacun mesure désormais la distance qui sépare la coupe des lèvres, les promesses faites par les partenaires sociaux en 2003 et les blocages qui demeurent dans le monde du travail.

Alors que le refus de l’exercice du DIF pour un motif autre que celui du choix de l’action de formation est illégal et même si le coût du DIF aurait dû être anticipé depuis 7 ans, de nombreuses organisations, publiques comme privées tergiversent ou résistent aux demandes de leurs salariés: elles ne veulent toujours pas d’un DIF généralisé car elles estiment que le DIF est un dispositif de formation superfétatoire, un luxueux idéal auquel elles ne peuvent accéder du fait de la crise économique.

En 2011 beaucoup d’entreprises seront encore tentées de refuser le DIF à leurs salariés pour de mauvaises raisons. Elles pourraient regretter ces calculs à courte vue car en refusant l’exercice du Droit à la Formation c’est aussi leur développement économique qu’elles condamnent.

Notre propos, dans ce cinquième volet consacré au DIF, est de tenter d’expliquer en quoi le DIF n’est pas un handicap pour les entreprises mais bien la réponse simple, pertinente et bon marché aux défis de la société de la connaissance et du travail en ce XXI ème siècle.

Un DIF universel est-il hors de prix ?

Examinons ce fameux volet financier du DIF, qui semble affoler le monde économique avec un risque total maximal de 77 milliards d’euros (estimation de 2009 par la Cour des comptes).

Pour simplifier notre démonstration nous prendrons un cas d’école, celui d’une entreprise de main d’œuvre employant  1 000 salariés en France.

Comme des centaines d’autres grandes sociétés (grandes par le nombre des salariés qui y travaillent) elle consacre  actuellement à peine plus que le minimum légal pour la formation de ses 1 000 salariés, soit 2 % de sa masse salariale (1,6 % étant le taux minimum au-delà de 20 salariés). A ce prix 10 ou  20 % de ses salariés peuvent bénéficier de réelles opportunités de formation, les autres sont éternellement renvoyés vers leur poste de travail, priés d’attendre leur tour.

Beaucoup  d’entreprises en France font du minimum légal (1,6 %) un plafond qu’elles ne pourraient pour rien au monde dépasser (alors qu’elles consacrent 14 % de la masse salarial aux Congés Payés par exemple).

Est-il  plus rentable d’augmenter les salaires ou bien les dépenses formation dans la société de la connaissance ?

Même si les augmentations de salaire constituent toujours une demande générale et récurrente des travailleurs et  des syndicats, de nombreuses études ont démontré que des augmentations indifférenciées de salaires (les fameux coups de pouce) non liées à des performances individuelles sont devenues contre productives. En six mois de temps toute augmentation générale des salaires, même de 10 %,  est oubliée et annihilée en moins de six mois. Toujours plus n’est plus d’actualité.

Si les hausses généralisées de salaires eurent des effets bénéfiques sur l’économie au XX ème siècle c’était parce qu’elles étaient liées à des hausses parallèles de la productivité. Non seulement les salariés qui fabriquaient des téléviseurs gagnaient plus tous les ans mais les TV qui sortaient des chaînes de fabrication (françaises) revenaient tous les ans moins chers. C’était le mécanisme vertueux des 30 glorieuses et de la reconstruction : plus de pouvoir d’achat pour plus de consommation et donc plus de développement économique et de confort matériel.

Ce cycle vertueux a été stoppé net dès les années 70 par les crises successives de l’énergie et des matières premières (qui préfigurent d’autres secousses bien plus importantes à l’avenir) mais aussi et surtout par le changement de modèle économique induit par la société de l’information, l’internet et la globalisation des marchés.

Nous quittons donc le paradigme de la société industrielle. Augmenter les salaires d’une façon uniforme entraîne une hausse du coût de la vie et du travail  et donc au final une probable destruction d’emplois (surtout non-qualifiés).

Le cercle vertueux  des années d’après guerre a muté en processus vicieux.

Le quantitatif n’est plus un enjeu de société en France, il ne s’agit plus de produire plus de tonnes de poulets ou de voitures mais bien de privilégier la qualité et le respect de l’environnement (social et naturel).

Reprenons l’exemple de notre société avec ses 1 000 salariés et sa masse salariale de 20 millions d’euros (1 600 euros de salaire brut par mois et par personne).

Que couterait une augmentation généralisée de 10 % des salaires ?  :
Réponse : environ 4 millions d’euros (2 millions en salaires net et autant en charges).

Que coûtera maintenant dans la même organisation un DIF généralisé de 20 h par an pour 75 % des salariés ?

Réponse : 500 € environ par personne (allocation formation incluses) soit un coût total  d’environ 375 000 euros par an.

Quatre  millions d’euros d’une part pour une augmentation de salaire très vite oubliée (par les salariés), sans amélioration de la qualité ou de la production  ou moins de 400 000 euros d’autre part en doublant le budget formation qui passerait de 2 à 4 % de la masse salariale.

L’alternative est simple : une vision à trois mois avec des augmentations (faibles) de salaires qui ne parviendront pas à rattraper le coût de la vie ou une projection sur le moyen et long terme avec une montée en compétences de tous les personnels, tous les ans à la faveur d’un dialogue social renouvelé au sein d’une organisation devenue apprenante.

Quantitatif contre qualitatif ou comment grandir avec le travail ?

Le fameux retour sur investissement est bien dans le camp de la formation tout au long de la vie, se former en dehors du périmètre du poste  pour mieux appréhender son travail et le monde environnant apporte une vraie réponse sociale aux grandes organisations.

Orange, cette société de France telecom,qui vécut en 2009  son annus horribilis, ne s’y est pas trompée. Elle nous apprend (par un communiqué de presse de février 2011) qu’elle a développé tout azimut le DIF de ses salariés, une augmentation de 300 % des DIF réalisés sur la seule année 2010, notamment sur des formations en développement personnel.

L’entreprise Orange ne semble pas le regretter et la souffrance au travail a ainsi peut-être régressé.

Les directions des grandes entreprises (car c’est elles qui détiennent en fait la clef du DIF) doivent refaire leurs comptes : accorder des augmentations salariales toujours  insuffisantes ou entrer sincèrement dans la formation tout au long de la vie ?

Quoi qu’elles fassent, quoi qu’elles disent, quels que soient les blocages sociaux actuels (que nous ne nions pas) la formation, les entreprises n’y échapperont pas (titre d’un dossier paru en 2009 dans le journal « L’usine nouvelle »).

DIF-twitter

Ecrit par Didier COZIN dans : Social et professionnel | Tags :
02
déc
2010
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Deux ou trois choses qu’il faut savoir sur le DIF


Doit Individuel à la Formation


Deux ou trois choses que les salariés
devraient savoir sur le DIF

1) Le DIF est-il un réel Droit ?

De nombreux salariés se demandent si ce Droit Individuel à la Formation est un véritable Droit.

Nous tenons à les rassurer, le DIF est bien le Droit de se former pour tout salarié à temps complet ou partiel, en CDD ou en CDI, intérimaire ou intermittent.

En 1881 Jules Ferry a rendu  l’instruction libre et gratuite pour tous les jeunes français, depuis  mai 2004 la formation tout au long de la vie est  également devenue un Droit pour  tous les travailleurs salariés.

2) L’employeur a-t-il le droit de me refuser mon DIF ?

Non, la Loi et la jurisprudence sont très claires : le Droit à la Formation n’est en rien soumis au bon vouloir d’un employeur qui  disposerait du pouvoir absolu d’accepter ou de refuser le DIF d’un salarié.

La seule possibilité de « refuser » un DIF pour un employeur  (le Code du travail évoque le « désaccord » DIF) est donc de ne pas être d’accord avec le choix DIF de son salarié.

Par exemple :

-          Je demande un DIF dans un domaine qui n’a aucun rapport avec le travail ou l’activité de l’entreprise (des cours de guitare ou de tennis). Mon employeur peut  répondre  « Je ne suis pas d’accord avec le choix de votre action  de formation ». Il n’est pas obligé de motiver son désaccord (mais risque dans ce cas d’être accusé d’arbitraire ou de discrimination).

-          Je demande des cours d’anglais et même si je n’en ai pas besoin aujourd’hui, mon employeur peut-il refuser mon Droit à la formation ?

Votre employeur ne doit donc pas refuser l’exercice de votre Droit à la formation, même cette formation n’est pas liée à votre poste de travail. Votre employeur a de nombreuses obligations en matière de formation professionnelle:

a)      l’obligation d’adapter ses salariés à leur poste de travail et à l’évolution de leur emploi,

b)      l’obligation de  veiller au maintien des capacités de ses salariés à occuper un emploi, au regard de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations,

c)       le principe de non discrimination dans l’accès à la formation.



3)      Avec le DIF ai-je le droit de partir de ma propre et seule initiative  en formation comme pour un Congé Individuel de Formation (CIF) ?

-          Non, le CIF appartient exclusivement  au salarié, c’est un projet individuel que l’employeur ne peut refuser

-          Le DIF lui est différent. C’est la rencontre entre vos besoins individuels en formation (je veux me former pour assurer mon avenir professionnel) et ceux de votre entreprise qui doit accompagner et soutenir vos efforts (la formation est toujours un effort : de l’entreprise qui finance la formation mais aussi de vous-même qui devez  vous investir dans votre projet de formation).


4) Les entreprises disposent-elles  d’une enveloppe  financière accumulée depuis 2004 pour payer mon DIF ?

-          Il n’y a malheureusement aucune cagnotte DIF. En 2004 le conseil de la comptabilité a refusé le provisionnement comptable du  DIF. Les entreprises n’ont donc constitué aucune réserve pour le réaliser. Elles ont accumulé un « risque DIF » de 120 heures par salarié en poste depuis 2004 (120 000 heures de DIF pour une société de 1 000 salariés) mais ont dépensé année après année les fonds disponibles pour la formation.

-          Le DIF est  donc une réserve d’heures mais sans réserve d’argent. On peut penser qu’en 2011 un salarié qui tardera trop à demander son DIF ne pourra pas le réaliser du fait de l’absence de fonds pour généraliser le dispositif.

-          Le DIF fonctionne un peu comme une assurance : tout le monde cotise (toutes les entreprises car les salariés ne paient rien) mais peu de personnes réclamaient leur DIF. Si en 2011, 20 ou 30 % des salariés demandaient leur DIF le système pourrait difficilement y faire face.


Notre conseil pour l’année 2011

Le DIF n’est pas une option sur le contrat de travail mais un véritable Droit des travailleurs qu’ils doivent réclamer à leur employeur tout comme ils demandent tous les ans leurs congés payés.

Pourquoi ne pas réclamer votre DIF dès le début de 2011 sur des formations professionnelles de 20 ou 30 heures de DIF en dialoguant avec votre employeur (quel type de formations est-il prêt à accepter et avec quel organisme de formation ?).

03
sept
2010
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Le Droit à la formation entre hésitation, capitalisation ou utilisation

Article paru le 3 septembre 2010 dans miroir social

Le Droit à la Formation (DIF) entre hésitation, capitalisation ou utilisation

sept 03 2010

En cette fin d’année 2010 l’immense majorité des salariés en France (en CDI) dispose d’un  capital individuel de formation de 120 heurs de DIF. Ces 120 h sont atteintes dès lors que le salarié travaille à temps plein depuis 2004 et chez un même employeur.



On peut estimer que dans le secteur privé la dette formation s’élève donc à un peu plus d’un milliard d’heures de DIF (pour un coût potentiel global de 77 milliards d’euros selon les calculs de la Cour des comptes).

Ce capital formation considérable doit être apprivoisé et acclimaté par des salariés qui ne peuvent se contenter d’accumuler des heures  sur leur compteur et doivent désormais administrer leur droit à la formation.

  • Entre le tout DIF ou le rien formation de nombreuses stratégies sont envisageables et nous allons tenter de les décrire

L’indifférence ou la dénégation : « je n’ai besoin de rien, merci »


  • Pour ceux qui bénéficient déjà de beaucoup de formations ou estiment que leur entreprise pourvoira tout au long de leur vie professionnelle à leurs besoins.
  • Pour ceux, plus nombreux, qui pensent (encore) que la formation n’est pas faite pour eux, qu’elle est un risque (de montrer ses lacunes, d’être stigmatisé, d’être infantilisé..) ou qui ne trouve pas de temps à libérer pour se former (pourtant la réduction du temps de travail devait aussi donner du temps pour la formation)
  • En fin pour tous ceux qui, en fin de carrière ou n’y croyant plus, n’aspirent qu’à la retraite et ne veulent pas s’investir dans de nouveaux apprentissages professionnels.

La capitalisation

Il s’agissait pour eux d’accumuler le maximum d’heures sur leur compteur DIF (les 120 h sur 6ans) afin de :

  • Se constituer un capital formation (une sort de plan épargne formation) réalisable principalement en cas de coup dur professionnel (une assurance formation ou une sécurisation professionnelle).
  • Entreprendre une formation longue ou une reconversion et se servir des 120 heures comme complément à un CIF, un bilan de compétences ou un projet de formation conçu depuis des années.

La consommation


  • Utiliser 20 heures de DIF annuellement à compter de 2010 afin de « consommer » les heures non cumulables et ne rien perdre de son droit à la formation.
  • Consommer de la formation comme un banal bien sans réel projet professionnel (une année de l’anglais, l’année suivante de l’informatique) et risquer désillusions et rapide perte de motivation

La professionnalisation : SVP : Savoir se former, Vouloir se former, Pouvoir se former

S’informer et s’orienter

  • Connaître les dispositifs de formation, appréhender l’offre privée et public, activer les financements, négocier avec son entreprise.
  • S’orienter dans la galaxie formation tout au long de la vie (VAE, DIF, Stage, E-learning, période et contrat de pro, Plan de formation, Bilans de compétences, à mi carrière, d’étape professionnelle, passeport formation).
  • Rester en veille professionnelle.

Se former tout au long de la vie en alternant stages, formation à distance, autoformation, formation sur le tas, reprise d’études, tutorat, formation par alternance, Validation des acquis…

Etre mobile et entreprenant (acteur de son projet professionnel)

Le contexte

Il existe au demeurant autant de stratégies formation tout au long de la vie que de besoins individuels mais les salariés doivent désormais tous intégrer que le futur de leur travail sera très différent du passé laborieux que leurs parents ou eux-même ont pu vivre au XX ème siècle :

1. La société cognitive

Notre société va  investir massivement dans l’intelligence (Livre blanc de 1995 de la communauté européenne). Dans cette société « ce seront les capacités d’apprendre et la maîtrise des savoirs fondamentaux qui situeront de plus en plus les individus les uns par rapport aux autres dans les rapports sociaux »

2. L’économie de la connaissance

Le sommet de Lisbonne en l’an 2000 fixait à l’Europe un cap pour 2010 : « Devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». La vieille Europe fabriquera de moins en moins de produits à l’avenir désormais la richesse ne consiste plus à fabriquer ou à posséder des biens matériels mais à se connaître et pour utiliser au mieux son intelligence.

3. Les sociétés et les organisations deviennent apprenantes

Le savoir est devenu un atout stratégique pour les individus, les organisations, les nations.  Les écarts entre les travailleurs, les entreprises ou les pays ne sont plus fondés sur l’accumulation primitive de capitaux ou de savoirs mais sur la capacité à changer, à apprendre, à s’adapter sans cesse. L’apprentissage deviendra la première activité humaine au XXI ème siècle.

4. L’éducation devenue un trésor et un bien commun

Le savoir, véritable produit de grande consommation, se capitalise, s’exploite, se rentabilise et se privatise. L’éducation passe de service public de l’enfance au statut d’indispensable viatique tout au long de la vie professionnelle. Dans cette perspective il devient impossible de la confier au seul prestataire monopolistique qu’est l’Etat.

5. Le travail du savoir.

Nous devenons tous des travailleurs du savoir, aussi bien « esclaves du savoir » dans les organisations néo-tayloriennes de l’information (du type call center) que pour des fonctions créatives à plus grande valeur ajoutée intellectuelle.

6. L’apprentissage tout au long de la vie.

Les individus doivent désormais assumer la responsabilité de leurs apprentissages. Le diplôme (quelque soit son prestige) sert de moins en moins de sésame durant toute une vie professionnelle. Les parcours, la capacité de rebond, l’intelligence émotionnelle et le travail d’équipe sont des compétences favorisées, reconnues et développées.

Lourde responsabilité du DIF

Le DIF a donc depuis 2004 la lourde responsabilité de reconstruire la formation continue en France.

  • Changer de modèle social et économique est difficile dans une société qui avait massivement misé sur l’éducation initial en ne donnant pour objectif à la formation continue que de mettre à niveau les travailleurs ou leur offrir de maigres possibilités de reconversion professionnelle.

Désormais la crise économique que vit le monde développé imposera des remises en questions très importantes : les apprentissages professionnels devront être sans cesse repris, les entreprises seront des acteurs économiques instables et les capacités de changer, de s’adapter en permanence seront les seules garanties en matière de création de richesses.

La très forte stabilité sociale et économique que nous avons connue après guerre (simplement entrecoupée de crises) ne sera plus la norme du XXI ème siècle : les organisations, les pays, les individus vont devoir apprendre à changer et à s’adapter sans cesse. Les situations figées et classifiées seront sans cesse rebattues, la seule propriété que les travailleurs peuvent revendiquer est leur employabilité, leur capacité à apprendre, à reprendre inlassablement le chemin de l’école, cette capacité doit être favorisée et entretenue par toute la société et le Droit à la formation et à l’éducation va re devenir un nouveau droit de l’homme.

http://www.miroirsocial.com/actualite/le-droit-a-la-formation-dif-entre-hesitation-capitalisation-ou-utilisation
Ecrit par Didier COZIN dans : Social et professionnel | Tags : ,
01
juin
2010
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Le DIF et les effets ciseaux de la crise

Le Droit à la formation (DIF) tel qu’il a été imaginé  et créé en 2004 avait pour mission non pas de permettre une capitalisation  d’heures de formation sur un compteur mais bien plus évidemment de  permettre aux salariés d’aborder dans de bonnes conditions les rivages de la société de la connaissance et de développer de nouvelles compétences professionnelles.

Quand l’internaute  découvre les premières lignes d’explications du site du ministère du travail il n’est pas autrement surpris « Le droit individuel à la formation (DIF) a pour objectif de permettre à tout salarié de se constituer un crédit d’heures de formation de 20 heures par an, cumulable sur six ans  dans la limite de 120 heures ». Le ministère du travail confond donc les moyens et les fins de la formation tout au long de la vie.

L’objectif des partenaires sociaux et du législateur n’était évidemment pas de créer un droit au stockage indéfini d’heures de formation que les salariés conserveraient jalousement comme un dérisoire plan épargne logement. Ce Droit à la formation, qu’il va bien falloir « déstocker » risque de déstabiliser durablement tout l’univers professionnel faute de clairvoyance et d’anticipation.

Outre cette confusion générale entre les moyens et les fins de la formation est doublée d’une autre erreur d’interprétation plus grave encore.

Cette erreur consiste à considérer le DIF comme un sous-droit, une option sur le contrat de travail, le Droit de demander une formation pour un salarié mais l’employeur en face aurait toujours de dernier mot et pourrait refuser le DIF pour toutes les raisons imaginables (s’il n’a pas le temps, pas l’envie ou  pas les budgets pour ce faire). Cette interprétation est évidemment biaisée et si certains « spécialistes » vendent encore aux employeurs leur interprétation de la formation, ces mêmes employeurs pourraient déchanter très vite en cette année 2010.

Rappelons que  « L’employeur assure l’adaptation des salariés à leur poste de travail. Il veille au maintien de leur capacité à occuper un emploi, au regard notamment de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations.  » Article L. 6321-1. Cette obligation doit être observée de bonne foi.

Le DIF est donc un réel droit, celui pour tous les travailleurs de se former tout au long de la vie professionnelle. Tout comme les salariés avaient acquis le droit aux congés payés en 1936, désormais pour conserver leur travail ou acquérir de nouvelles compétences il leur faut se former tout au long de leur vie dans une société de la connaissance où, (rappelons –le) près de 2 millions de salariés sont illettrés, 50 % ne maîtrisent pas les technologies de l’information et de la communication et un plus grand nombre encore ne parle aucune langue étrangère (et européenne).

Le DIF n’est évidement pas ce droit potentiel (et virtuel) que personne, ou presque, n’aurait vocation à utiliser. Le DIF n’est pas un plan d’épargne formation qu’on garderait sur soi jusqu’à la retraite, mais bien un dispositif destiné à être utilisé tous les ans, sans psychodrame ni supplice dans un monde du travail qui doit changer de braquet en  s’éloignant de la conflictualité (dé)passée (la classique lutte du travail contre le capital). Désormais pour créer de la richesse il faut collaborer, travailler en équipe, s’investir dans ses apprentissages et sans ces efforts conjugués du salarié mais aussi de l’employeur (on parle désormais d’ « employeurabilité ») le travail et la création de richesses pourraient déserter nombre d’organisations au management et directions rigidifiées par la crise.

Le DIF n’est pas plus LA seule bouée de sauvetage des ruptures professionnelles. Se préoccuper de sa formation quand on perd son travail, c’est un peu comme aller acheter un détecteur de fumée quand la maison est en feu, la formation c’est l’anticipation et donc le contraire d’un modèle taylorien basée sur la délégation et une certaine forme de déresponsabilisation sociale et collective.

Dans les mois qui viennent (et très probablement à partir de janvier 2011) de nombreux travailleurs vont réclamer leur Droit à la Formation. Dés lors ce fameux effet ciseaux jouera à plein avec des tensions croissantes entre des organisations qui épuiseront rapidement leurs budgets formation et des salariés qui n’admettront pas qu’un droit individuel, attaché au contrat de travail, leur soit refusé pour des motifs extra-légaux (le seul motif légal de refus étant le désaccord sur le choix de l’action de formation).

L’effet ciseaux (apparu pour la première fois durant la grande crise de 1929 aux USA) peut -et  doit- être évité dans les entreprises  :  pour ne pas être entraînées vers un contentieux et un chaos organisationnel évident il leur reste quelques semaines pour cadrer le DIF, proposer des formations à leurs salariés (qui attendent évidemment des propositions DIF de leur entreprise) et ne pas abandonner sur le bord de la route professionnelle ceux qui ne sauraient pas trouver les mots pour demander leur DIF.

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